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26.10.2008
Constructeurs tétanisés et sociologues stimulés
La crise ne produit pas les memes effets sur ceux qui la subissent et ceux qui l'observent. Il va de soi, par exemple, que je suis moins inquiet que les Constructeurs; mais la crise a l'air d'engendrer des analyses suprenantes par leur abstraction , analyses qu'on pensait abolies depuis 1974, à savoir depuis le premier choc pétrolier. Elles sont le fait de sociologues, catégorie estimable mais qui puise souvent son inspiration "ailleurs" que dans la réalité. Tout cela part d'un bon sentiment. Mais je me sens obligé d'en prendre le contre pied, et d'intervenir en faveur de l'automobile en général, et en particulier d'une catégorie que je critique habituellement: celle des Constructeurs, précisément.
Un grand journal du soir a publié hier une interview à un éminent personnage, qui nous explique qu'il va falloir passer de la possession de son propre véhicule à un usage partagé, type "vélo lib". Le public n'attendrait que cela; mais meme s'il n'en était pas ainsi, il faudrait y passer quand meme, pour des raisons économiques, écologiques (l'automobile continue à polluer; le train beaucoup moins), sociétales. D'ailleurs, les fumeurs ne se sont-ils pas résignés à moins polluer ? etc.
Mes cheveux gris m'ont amené à penser aux betises qui avaient cours en 1974 (il y a trente quatre ans!). L'automobile allait mourir, ou bien on allait la laisser aux pays "sous développés", l'euphémisme "pays en voie de développement" n'ayant pas eu à l'époque le succès qu'il méritait. On allait tous plébisciter les transports en commun. Aujourd'hui, on recommence, et on reve encore d'enterrer l'automobile. En effet, une généralisation, fut-ce dans vingt ans, de l'usage partagé de la voiture équivaudrait à un constat de naufrage de notre civilisation, qui a bien des défauts, sans doute, mais pas celui de vouloir régresser vers l'age de la pierre taillée. Ni meme à l'age de la voiture d'un modèle unique, utilisable par tous pour aller d'une station de métro à l'autre ou d'une gare à l'autre.
D'accord, nous traversons une crise grave (encore que...) ; d'accord, les Constructeurs en sont tétanisés, et par conséquent incapables de sortir de la vieille ornière de la promotion croissante. Mais de là à proposer une Trabant pour tous, voire une voiture électrique pour tous... nos arrière arrière arrière petits fils ne verront pas celà, et c'est très bien ainsi.
Qu'on se rassure: notre secteur sortira de la crise; peut etre meme qu'il aidera à la résoudre, comme ce fut le cas après 1929. Il y aura, comme aujourd'hui, des Consommateurs qui renoncent à l'automobile ou qui ne veulent pas en entendre parler, d'autres qui préfèrent la location à la propriété; mais une très grande majorité continuera à plébisciter ce formidable instrument de liberté qui leur est proposé, avec un choix de modèles et de prix capable de satisfaire les plus contraints comme les plus aisés, les plus spartiates comme es plus raffiné, snob inclus.
Quant au pétrole, qu'on se rassure aussi: il y a deux cents ans que son avenir est compromis; on tiendra encore une bonne centaine d'années, sans doute.
Le prochain défi qu'il faudra relever ? Inventer une voiture qui plaise aux sociologues, peut etre.
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