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16.12.2007

Trois Constructeurs et leurs paris

Pour trois Constructeurs, PSA , Renault et Fiat, il est important de démontrer par les chiffres qu'ils sont en train de gagner leurs paris (pardon: qu'ils sont en train de réaliser leurs plans). Les immatriculations européennes (25 pays de l'UE) à fin novembre indiquent qu'il y a un groupe en pleine expansion (Fiat), un perdant (Renault) et un Constructeur au milieu du gué (PSA). Il n'en est pas exactement ainsi.

Commençons par Fiat. Sur les onze premiers mois de l'année, il réalise en Europe une progression de 7%. Son taux de pénétration passe de 7,4% à 7,9% en un an, sur les memes onze mois. Très bien. Sauf à considérer ce qui suit: sur 76 000 voitures supplémentaires immatriculées en 2007, 55000 l'ont été en Italie, sur un marché en très forte croissance (+6,55%). Et en Italie, le taux de pénétration du groupe Fiat s'est stabilisé depuis des mois aux alentours de 31%, malgré la nouvelle Cinquecento. Une part non négligeable de la progression de Fiat est donc due au mixte des marchés européens, où la chute du marché allemand fait pendant avec le boom du marché italien. Mais il y a plus grave: les trois faiblesses du groupe, d'un point de vue commercial, n'ont pas été résolues: Fiat vend peu dans les autres pays d'Europe (mois de 440 000 voitures, contre 730 000 en Italie) ; les marques Lancia et Alfa Roméo ne décollent pas ; et le groupe est toujours concentré sur les modèles bas de gamme (Segments A et B ou I1 et I2). La dernière tendance (Septembre-novembre) est encore plus inquiétante, toujours d'un point de vue commercial: le taux de pénétration du groupe en Europe retombe à 7,5%, soit environ un demi point de moins que ce qui avait été réalisé de Janvier à Aout. Bref, la marche en avant de Fiat est nettement ralentie , sinon en passe de s'arreter.

Renault n'est lus un perdant, tout en n'étant pas encore un vainqueur. Nous sommes de ceux qui pensent que le groupe est en train de gagner son pari, bien qu'il y ait encore beaucoup d'incertitudes. Quoi qu'il en soit, la chute est enrayée. Renault perd encore environ 73 000 immatriculations en Europe a fin novembre, mais retrouve ses volumes de 2006 pour le trimestre Septembre novembre. La progression doit beaucoup au marché français, mais
celui-ci n'a pas d'effet de mixte appréciable. En outre, la présence du groupe dans les autres pays d'Europe reste forte: 844 000 immatriculations à fin novembre, contre 430 000 environ en France. Enfin, et c'est important, Renault est aussi en train de vendre correctement les modèles Dacia, y compris en France (Mais il reste beaucoup à faire en Europe occidentale).

Pour PSA, le tableau est contrasté: le groupe progresse un peu moins vite que le marché européen (+0,8% à fin novembre, contre + 1,1%) et la dernière tendance (septembre-novembre) est marquée par une légère retombée des volumes. Tout peut évidemment s'expliquer par l'attente des nouveaux modèles les plus significatifs, et la meme explication vaut pour l'autre Constructeur français. Il n'en reste pas moins que les objectifs ambitieux de PSA subissent un coup d'arret en cette fin d'année. Ceci étant, PSA, plus encore que Renault, a une forte présence dans les autres pays d'Europe, avec 1 340 000 immatriculations contre 580 000 en France, avec un léger rééquilibrage des deux marques. En outre, PSA est désormais le leader confirmé du marché en France.

Les trois Constructeurs dont on a parlé, ont à la fois la nécessité économique et l'ambition commerciale de grandir. Naturellement, l'Europe n'est qu'une partie de l'échiquier, mais il n'est pas imaginable qu'elle puisse etre négligée. Renault et PSA y sont aujourd'hui mieux placés que Fiat, qui fait des prouesses ailleurs (par exemple au Brésil, dont le marché est redevenu important). Le défi reste aussi celui de la gamme des modèles . Chacun des trois Constructeurs a connu des échecs assez récents. Les suivants seront-ils la panacée?

02.12.2007

Le multimarquisme imparfait

Le nombre des concessions multimarque augmente: c'est déjà ça. Le vieux modèle d'entreprise, encore très majoritaire dans les réseaux, de la concession monomarque, remonte à une époque où l'on achetait presque tout, de l'électroménager aux caméras , dans des négoces qui représentaient une seule marque. L'automobile persiste encore, mais il y a des dissidents parmi les concessionnaires. C'est une chance, pour eux et pour les consommateurs, mais on est encore loin du compte.

Prenons une concession multimarque audacieuse: elle présentera, par exemple, trois marques dans le meme salon d'expositon, à peine séparées par un espace suffisant pour qu'il n'y ait pas confusion entre les marques, comme le prescrit la réglementation européenne. On y trouvera donc la gamme des modèles de chacune des marques reprèsentées, dans un secteur balisé aux couleurs de la marque en question. Tout ceci, qui représente un progrès considérable par rapport à un choix restreint aux modèles d'une seule marque, est cependant très insuffisant par rapport à ce qu'un consommateur est en droit d'attendre d'un lieu où l'on vend des automobiles. Nous sommes en présence d'un multimarquisme imparfait.

Il est rare, en effet qu'un meme acheteur hésite entre un SUV, une petite citadine et une berline familiale moyenne. Dans le cas cité, en supposant que l'acquéreur veuille acheter une berline familiale, on lui en propose trois entre lesquelles il peut choisir. Mais il n'a rien à faire des autres modèles exposés par chacune des trois marques, tandis qu'il devra aller ailleurs pour voir les autres berlines familiales qu'offre le marché. Il faudra, un jour ou l'autre, qu'on parte vraiment du consommateur pour savoir comment on doit exposer l'offre. On s'apercevra qu'il faudrait mettre en regard la plupart des modèles appartenant à un meme segment de marché, ou, mieux, les modèles qui sont supposés satisfaire le attentes d'une meme catégorie de consommateurs. La notion de gamme est, de ce point de vue, désuète.

Par ailleurs, le multimarquisme tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, est imparfait pour une raison complémentaire. Il empeche l'entreprise de distribution (la concession) de tirer le maximum d'efficacité et de rentabilité du choix courageux qu'elle a fait. C'est en se spécialisant par type de véhicule qu'elle pourrait mieux développer ses ventes, en proposant à chaque acquéreur potentiel le choix le plus vaste. Les vendeurs pourraient devenir de véritables conseillers pour le consommateur. Et le positionnement de la concession sur le marché s'affranchirait
de l'identification de marque (meme s'il y en a trois), ce qui lui donnerait plus de liberté pour agir et se développer.

Il parait qu'un grand Groupe de distribution au moins a commencé à exposer ses voitures par segments. Il est heureux qu'on n'arrete pas le progrès...